Mardi 31 mars 2026, à 18 heures, David Lisnard remettait sa lettre de démission à Bruno Retailleau au siège des Républicains, avant d’officialiser sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 sur le plateau du 20 heures de France 2. Un départ fracassant qui met en lumière la fracture profonde de la droite française, et dont les effets se font déjà sentir en Tarn-et-Garonne.
Un départ annoncé, officialisé dans la fracture
Le maire de Cannes avait déclaré sur BFMTV dès le 25 mars n’avoir « plus rien à faire » chez les LR. Au terme d’une quarantaine de minutes d’entretien avec Bruno Retailleau, il a remis sa lettre de démission.
Le fond du désaccord est clairement énoncé par Lisnard lui-même. Il cite la confiance accordée à François Bayrou, l’abandon de la réforme des retraites et les ambiguïtés du parti sur la participation au gouvernement : « Ces ambiguïtés ne sont pas acceptables à treize mois d’une présidentielle où nous devons porter un projet net. » Pour lui, LR n’affiche « aucune lisibilité, aucune cohérence, aucune constance » depuis plusieurs mois.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase reste le mode de désignation du candidat présidentiel. Lors du bureau politique du 24 mars, les dirigeants ont retenu trois options soumises aux adhérents : primaire fermée aux seuls membres LR, primaire semi-ouverte aux sympathisants, ou désignation directe du président du parti. Lisnard dénonce un « vote truqué » et un « non-sens absolu ».
Une candidature assumée pour une droite indépendante
Sur le plateau de France 2, Lisnard a confirmé porter « un projet libéral, sécuritaire, éducatif et scientifique » et s’est prononcé en faveur d’une « primaire ouverte » visant à désigner un candidat unique à droite. Une ambition qui s’appuie sur son mouvement Nouvelle Énergie, fondé pour incarner une droite indépendante et lisible, à distance du macronisme comme des compromis internes à LR.
Son profil reste celui d’un élu de terrain solide : maire de Cannes depuis 2014, président de l’Association des maires de France, réélu dès le premier tour aux dernières municipales. Il reconnaît lui-même un manque de notoriété nationale, et son entourage politique voit dans cette démarche une « échappée » dont le succès dépendra des sondages des prochains mois.
En Tarn-et-Garonne, Pascal Ellul suit le mouvement
L’annonce de Lisnard trouve un écho immédiat dans le département. Pascal Ellul, délégué départemental de Nouvelle Énergie 82, a annoncé à son tour quitter Les Républicains pour se consacrer exclusivement au mouvement de David Lisnard en Tarn-et-Garonne. Interrogé par LVDTG, il réagit : « Le départ de David Lisnard des Républicains marque une étape importante. C’est une opportunité pour refonder une droite cohérente, lisible et ancrée dans les territoires. » Et d’ajouter : « Nous espérons que cette décision va accélérer le développement de Nouvelle Énergie dans le département. Les conditions sont réunies pour structurer une véritable dynamique. »
Nommé délégué départemental de Nouvelle Énergie 82 en 2023, Pascal Ellul milite depuis pour une droite modernisée et indépendante autour de David Lisnard. La structure Nouvelle Énergie 82, déjà active sur le terrain, notamment avec sa consultation contre la bureaucratie à l’automne 2025, entend désormais capitaliser sur la dynamique nationale pour renforcer son implantation locale.
Une droite éclatée à un an de la présidentielle
Le départ de Lisnard illustre l’état de fragmentation de la droite française à quinze mois du scrutin. Plusieurs figures incarnent des lignes divergentes : Bruno Retailleau à la tête de LR, Laurent Wauquiez chez les députés, David Lisnard avec Nouvelle Énergie, sans qu’aucun leader naturel ne s’impose.
La réaction de Retailleau est sans ambiguïté : selon lui, la décision de Lisnard est « tout sauf une surprise » et correspond à « une aventure personnelle qu’il nourrit depuis longtemps ». La droite aborde donc la course à l’Élysée sans unité, sans candidat naturel, et avec une question qui reste entière : peut-elle encore incarner une alternative claire face à un paysage politique recomposé ?




