Entre Nègrepelisse et Bruniquel, à l’entrée des gorges de l’Aveyron, Montricoux est l’un de ces villages du Tarn-et-Garonne que l’on découvre par hasard et que l’on n’oublie pas. Château templier classé monument historique, musée d’art moderne installé dans une commanderie médiévale, maisons à pans de bois et moulin sur l’Aveyron encore en activité : le village cumule les trésors sans les afficher. Un angle « découverte » parfait pour les amateurs de patrimoine authentique.
Un village habité depuis la préhistoire, marqué par les Templiers
Le territoire de Montricoux a été habité dès les temps paléolithiques, comme en témoignent les silex taillés qui ont été trouvés en divers points. Mais c’est au Moyen Âge que le village prend sa physionomie actuelle, sous l’impulsion d’un ordre militaire et religieux parmi les plus puissants de l’histoire médiévale.
Le 14 mai 1181, les moines de Saint-Antonin cédèrent la seigneurie de Montricoux aux chevaliers de l’ordre du Temple. La construction du donjon, dit Tour d’Almayrac, est mentionnée comme achevée en 1187. De plan carré, bâti en calcaire dur, ses murailles hautes d’une vingtaine de mètres s’appuient sur quatre contreforts extérieurs. Au rez-de-chaussée, la salle des gardes abrite une cheminée monumentale et des fresques templières d’inspiration mauresque aux motifs géométriques, dans des teintes d’ocre, de blanc et de brun.
L’histoire du site ne s’arrête pas là. En 1312-1313, Philippe le Bel transmit la commanderie à Esquieu de Floyran. Elle passa ensuite aux Hospitaliers, puis à Pierre Duèze, frère du pape Jean XXII. En 1568, les calvinistes montalbanais prirent d’assaut le château, le pillèrent et l’incendièrent pendant les guerres de Religion. En 1616, la seigneurie fut vendue à Maximilien de Béthune, duc de Sully. En 1730, le comte de Malartic fit reconstruire une nouvelle partie en y intégrant le vieux donjon , créant ce mélange singulier entre forteresse médiévale et demeure d’inspiration toscane. Une rotonde d’entrée ovale ornée de statues monumentales réalisées par Ingres donne accès à de vastes pièces aux boiseries du XVIIIe siècle.
Le donjon est classé monument historique depuis 1927.
Un musée inattendu : Marcel-Lenoir, star oubliée de Montparnasse
Ce qui rend Montricoux véritablement singulier, c’est ce que l’on découvre à l’intérieur du château : un musée d’art moderne dédié à un artiste montalbanais trop peu connu, Marcel-Lenoir.
Marcel-Lenoir, pseudonyme de Jules Oury, est né le 11 mai 1872 à Montauban et mort le 6 septembre 1931 à Montricoux. Peintre, fresquiste, bijoutier, enlumineur et graveur, il fréquenta à Montparnasse Modigliani, Léger et Picasso. Figure excentrique et attachante de l’avant-garde parisienne, son art traversa le symbolisme, le cubisme, le néo-impressionnisme et le pointillisme, avant de se fixer sur des thèmes figuratifs privilégiant l’être humain et le sacré.
Charmé par Montricoux dès ses années de formation, Marcel-Lenoir y revint régulièrement et s’y éteignit dans l’ancien chenil du château en 1931. Le musée fut créé en 1983 par Claude et France Namy, légataires universels de l’artiste, qui réalisèrent ainsi le rêve de Marcel-Lenoir d’avoir un musée uniquement consacré à son œuvre en sa région natale. Le musée conserve aujourd’hui 130 œuvres, dessins, pastels, huiles, dans un cadre privé installé au cœur de l’ancienne commanderie templière ornée de fresques du XIIIe siècle.
Un village aux multiples vestiges médiévaux
Au-delà du château, Montricoux recèle d’autres trésors que la promenade révèle au hasard des ruelles. Le village a gardé grand nombre de vestiges de l’époque médiévale : les tours de guet et les remparts, les diverses demeures à pans de bois, et un moulin sur l’Aveyron toujours en activité. L’église du village, calquée sur le modèle de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, complète ce tableau d’un village dont l’histoire s’est déposée couche après couche, sans que rien n’ait vraiment été effacé.
Les gorges de l’Aveyron : un écrin naturel exceptionnel
Montricoux est situé à l’entrée des gorges de l’Aveyron, l’un des paysages les plus spectaculaires du département. Les gorges de l’Aveyron sont le paradis des amateurs de sports nature : le canoë-kayak, l’escalade, la randonnée pédestre ou équestre, le VTT et la spéléologie sont leurs activités préférées. Le village constitue une base idéale pour explorer ce territoire naturel remarquable, à mi-chemin entre Nègrepelisse et Bruniquel, autre village emblématique du secteur, classé parmi les plus beaux de France.
Montricoux est également accessible par la véloroute Vallée et Gorges de l’Aveyron, un itinéraire cyclable qui relie les villages de la vallée dans un cadre préservé.
Un village à (re)découvrir sans attendre
Moins fréquenté que ses voisins immédiats, Montricoux offre précisément ce que l’on cherche quand on veut s’écarter des circuits touristiques balisés : de l’authenticité, de la profondeur historique, une surprise culturelle réelle et un cadre naturel fort. Le château templier, le musée Marcel-Lenoir, les maisons à pans de bois, le moulin et les gorges forment ensemble un village qui mérite bien plus que le simple passage.
Infos pratiques — Musée Marcel-Lenoir
- Adresse : 56 Grande Rue, Montricoux (82800)
- Ouverture : du 1er mai au 30 septembre, tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h
- Tarifs : adulte 5 € — étudiant 3 € — groupe (10 pers.) 4 €/pers. — gratuit pour les moins de 12 ans
- Visite guidée : sur réservation
- Site officiel : marcel-lenoir.com




