Du lundi 18 au vendredi 22 mai 2026, les urgences du Centre Hospitalier Intercommunal de Castelsarrasin-Moissac sont fermées. La raison : pas assez de médecins urgentistes disponibles. En cas de problème grave, les 80 000 habitants du Castelsarrasinais et du Moissagais n’ont qu’une option, appeler le 15 et espérer que le SAMU de Montauban, à quarante kilomètres, pourra intervenir à temps. Ce n’est pas une information anodine. C’est un aveu d’échec.
Les faits, d’abord
La direction du CHI l’a annoncé sans détour : des difficultés de recrutement de médecins urgentistes sont à l’origine de cette fermeture. L’absence de quatre soignants cette semaine a suffi à paralyser un service entier. Un seul médecin urgentiste assure une présence 24h/24 et 7j/7 sur le site, une situation intenable pour une seule personne et un risque réel pour les patients.
Cette fermeture n’est pas une surprise isolée. C’est un épisode de plus dans une dégradation continue. Le 1er décembre 2021, les urgences nocturnes de Moissac avaient fermé faute de médecins, déjà. Le maire de Castelsarrasin avait qualifié la décision d’« incompréhensible et unilatérale » et rappelé que les collectivités avaient investi plus de 3 millions d’euros dans l’hôpital quelques années auparavant. Le maire de Moissac avait dénoncé « un véritable mépris des élus ». Près de 300 personnes s’étaient rassemblées devant la sous-préfecture de Castelsarrasin. Rien n’a changé. L’ARS Occitanie a même formalisé la dégradation par un arrêté du 20 mars 2026 autorisant une régulation pérenne de l’accès aux urgences jusqu’en mars 2029. Trois ans de plus, au moins.
Le paradoxe français
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette situation, et il faut le nommer clairement. La France est championne du monde des dépenses sociales : 32,2 % du PIB en 2023, championne d’Europe pour la huitième année consécutive, avec 5 points au-dessus de la moyenne de l’Union européenne. Elle est au deuxième rang de la zone euro pour les dépenses publiques totales rapportées au PIB. Sa dette publique s’élève à 113 % du PIB, son déficit à 5,8 % du PIB en 2024 — 169,6 milliards d’euros.
Le pays dépense plus que presque n’importe quel autre État développé. Il s’endette pour financer ce niveau de dépenses. Et pourtant, dans un bassin de vie de 80 000 habitants en Tarn-et-Garonne, les urgences ferment pendant une semaine faute de médecins. On peut débattre à l’infini des raisons structurelles, le numerus clausus historique, les déserts médicaux, l’attractivité des zones rurales, la gestion des ARS. Ces raisons sont réelles. Mais elles n’exonèrent pas l’État de sa responsabilité fondamentale : garantir à chaque Français, où qu’il vive, un accès aux soins d’urgence.
80 000 habitants ne sont pas une variable d’ajustement
En 2021, le maire de Moissac avait prononcé une phrase qui résonne encore : « Ces populations ne sont pas des variables d’ajustement. » Cinq ans plus tard, elles le sont toujours. Chaque fermeture, chaque arrêté de régulation, chaque appel au 15 qui remplace une urgence de proximité dit la même chose aux habitants de ce territoire : votre vie vaut moins cher parce que vous vivez loin de Toulouse ou de Montauban.
Ce n’est pas acceptable. Ce ne l’était pas en 2021. Ce ne l’est pas en 2026. Et cela ne le sera pas en 2029, date jusqu’à laquelle l’ARS a déjà programmé la dégradation.
Ce que nous demandons
La Voix du Tarn-et-Garonne n’a pas vocation à faire de la politique partisane. Mais elle a le devoir de dire clairement ce qu’elle observe sur son territoire. Et ce qu’elle observe, c’est un service public de santé qui recule dans les zones rurales, année après année, sous le regard d’un État qui gère les urgences hospitalières comme il gère les lignes de train : en supprimant d’abord ce qui dessert le moins de monde, sans se demander ce que cela coûte humainement à ceux qui restent.
Nous interpellons les représentants de l’État dans le département, le préfet, le sous-préfet de Castelsarrasin, les parlementaires, pour qu’ils exigent de l’ARS Occitanie et du ministère de la Santé un plan concret et daté de retour à un service d’urgences pérenne au CHI Castelsarrasin-Moissac. Pas un arrêté de régulation valable trois ans. Un plan.
En attendant : appelez le 15
Cette semaine, du lundi 18 au vendredi 22 mai 2026, si vous avez une urgence médicale dans le Castelsarrasinais ou le Moissagais, n’allez pas aux urgences du CHI. Appelez le 15. Le SAMU vous orientera. C’est la seule consigne. C’est aussi, en 2026, dans la sixième puissance économique mondiale, une honte.
La Rédaction de La Voix du Tarn-et-Garonne




