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Le 17e RGP de Montauban : 50 ans d’engagement, un tribut de sang payé pour la France

Le 18 avril 2026, la mort du sergent-chef Florian Montorio au sud du Liban a rappelé au Tarn-et-Garonne et à la France entière quel est le prix de l’engagement. « Florian est le 10e militaire à être tombé en opération, ce qui est évidemment beaucoup trop » , a déclaré le colonel Jérémy Akil, chef de corps du 17e régiment du génie parachutiste. Ce chiffre ne couvre que les vingt dernières années. Si l’on remonte à la reconstitution du régiment en 1974, le bilan est bien plus lourd : au moins 35 militaires du 17e RGP ont perdu la vie en service depuis 50 ans, dont 33 en opérations extérieures et 2 victimes du terrorisme sur le territoire national.

Un régiment né à Montauban en 1974, engagé sans discontinuer depuis

Reconstitué à Montauban le 1er juillet 1974 sous le nom de 17e Régiment du génie aéroporté, il prend l’appellation de 17e Régiment du génie parachutiste en 1978. Depuis 1975, il participe sans discontinuer à toutes les opérations extérieures de l’armée française sur les cinq continents : Liban, Tchad, Nouvelle-Calédonie, Guyane, ex-Yougoslavie, Afghanistan, Mali… Seul régiment de génie de la 11e brigade parachutiste, il est le « couteau suisse » des opérations aéroportées. Ses sapeurs ouvrent les itinéraires sous le feu, neutralisent les engins explosifs, sécurisent les zones dévastées, désenclavent et ravitaillent les postes isolés. Ce sont précisément ces missions, les plus exposées, qui expliquent le tribut payé.

Le Liban (1981–1986) : quatorze morts

C’est au Liban, dans le contexte de la guerre civile et des missions d’interposition de la FINUL et de la Force multinationale, que le régiment subit ses premières pertes massives. Entre 1981 et 1986, quatorze sapeurs parachutistes y perdent la vie : Olivier Morel (1981), Joël David et Pascal Dulphy (1982), puis Daniel Legros, Robert Beaucourt, Jean-Jacques Bordas, René Choppin, Luc Mairot, Bruno Rollin, Louis Salher et Jérôme Poux (1983), et enfin Patrice Colin, Étienne Friedmann et Michel Lung-Hoi (1986). Quarante ans plus tard, le sergent-chef Florian Montorio vient allonger cette liste sur le même théâtre.

Le Tchad (1984) : neuf hommes, une seule journée

Le 7 avril 1984 reste l’une des journées les plus sombres de l’histoire du régiment. Neuf sapeurs parachutistes du 17e RGP, en mission de reconnaissance vers Kalait Oum-Chalouba, sont tués par l’explosion d’un obus de 90 mm lors du dégagement d’épaves de véhicules abandonnés par les forces adverses. Tous sont inscrits « Morts pour la France » en opérations extérieures : Étienne Horvath, Gilles Ungar, Philippe Beck, Éric Goffin, Philippe Labro, Raoul Morando, Laurent Rehal, Bruno Roussel et Philippe Turpin. Le ministre de la Défense Charles Hernu préside à Toulouse la cérémonie d’hommage aux neuf victimes. Neuf hommes. Une seule journée. Un choc dont le régiment gardera longtemps la mémoire.

De la Guerre du Golfe à l’Afghanistan : des pertes sur tous les fronts

Mouloud Medjadba tombe en Irak lors de la Guerre du Golfe en 1991. Palasete Sako meurt en ex-Yougoslavie en 1995, Xavier Andréoli en 2001 lors de l’opération Salamandre. En Afghanistan, sur les routes minées et dans les vallées, six sapeurs perdent la vie entre 2006 et 2011 : Kamel Elward et Gilles Sarrazin (2006), puis Guillaume Nunès-Patego, Jean-Marc Guéniat, Emmanuel Techer et Valéry Tholy (2011). L’engin explosif improvisé est devenu l’ennemi principal du génie sur ce théâtre. Ce sont les sapeurs qui le neutralisent. Ce sont eux qui en meurent.

Le 15 mars 2012 : Mohamed Merah frappe à la porte du régiment

Alors qu’ils retirent de l’argent à proximité de leur caserne à Montauban, le caporal Abel Chennouf, 25 ans, le 1ère classe Mohamed Legouad, 23 ans, et le caporal Loïc Liber, 28 ans, tous trois militaires du 17e RGP, sont visés par le terroriste islamiste Mohammed Merah. Abel Chennouf et Mohamed Legouad sont mortellement touchés. Loïc Liber est grièvement blessé. Une scène de guerre au cœur de Montauban, dans une ville qui croyait être à l’abri.

Pourquoi un tel tribut ?

Les sapeurs du 17e RGP effectuent des reconnaissances techniques, parfois à pied et hors de leurs véhicules blindés, ce qui accroît leur vulnérabilité face aux groupes armés. Ils traitent les munitions non explosées, sécurisent les zones dévastées, désenclavent et ravitaillent les postes isolés. Ce sont les missions qui précèdent toutes les autres, et qui coûtent le plus.

Le 17e RGP ouvre la route pour que les autres puissent avancer. Il démine pour que les autres puissent marcher. Le matin du 18 avril 2026, le sergent-chef Montorio ravitaillait un poste de casques bleus isolé au sud du Liban. C’est dans cet acte, ordinaire et indispensable, qu’il a été tué. Pour l’ensemble de ses engagements, le 17e RGP a été cité trois fois à l’ordre de l’armée, deux fois à l’ordre du corps d’armée.

Un régiment qui « sort grandi de ces épreuves »

Face à la mort répétée, le régiment a développé au fil des décennies une culture de la résilience que le colonel Akil décrit sans détour : « Lorsqu’on perd un frère d’armes, c’est d’abord la sidération, puis une grande tristesse. Mais ce qui explique aussi la grande résilience du régiment, c’est qu’il sait sortir grandi de ces épreuves. »

La devise du régiment résume tout en quatre mots : « Sapeur suis, Para demeure. » Cinquante ans de service. Au moins 35 morts. Des théâtres sur les cinq continents. Un régiment montalbanais qui porte en lui une part de l’histoire militaire de France, souvent dans l’ombre, toujours au prix du sacrifice.

ℹ️ Note éditoriale : les listes nominatives citées dans cet article sont issues des bases documentaires du Ministère des Armées (In Memoriam / Mémoire des Hommes) et du monument aux morts du régiment. LVDTG a fait le choix de la rigueur plutôt que de l’exhaustivité.

La Rédaction
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La Rédaction LVDTG regroupe les journalistes et contributeurs de La Voix du Tarn-et-Garonne, média local indépendant dédié à l'actualité du département du Tarn-et-Garonne (82). Fondé en 2024, LVDTG couvre la politique locale, l'économie, la culture, le sport et la vie quotidienne des Tarn-et-Garonnais. Contact : admin@lvdtg.fr
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